À la question « Parlez-nous en tant que jeune de la Gen Z d’une personne que vous admirez parce qu’elle se soucie des autres et en a fait l’essence même de son métier », Emma Berthelot, étudiante en 3ème année de licence d’histoire à Sorbonne Université Paris, que j’ai eue le plaisir d’accompagner en tant que tutrice dans le cadre d’un atelier de réflexion sur le métier de journaliste, a décidé de faire le portait de sa soeur Margaux qui, après avoir choisi un métier qui ne l’a pas tout à fait satisfaite, a préféré mettre ses compétences au service du bien-être des jeunes mamans.
Margaux Berthelot a 32 ans. À la sortie du lycée, elle s’oriente vers l’IFSI, l’école de formation pour les infirmiers. Après l’obtention de son diplôme, elle travaille presque immédiatement. Passant de service en service, elle est très vite confrontée aux dures réalités du quotidien du personnel soignant en France : travail de nuit, salaires plus que modestes, manque de reconnaissance, heures supplémentaires qu’elle ne compte plus, fatigue excessive et le tout sans avoir l’impression de pouvoir faire correctement son travail.
Margaux travaille pendant 10 ans en tant qu’infirmière avant de connaître, comme beaucoup de soignants, un burn-out face à ces conditions de travail déplorables. Ce mal-être est accentué par la crise du Covid qui, malgré toute sa bonne volonté, lui fait comprendre qu’elle ne peut prendre soin des enfants comme elle aurait souhaité le faire. Cette période reflète les failles du système hospitalier et termine d’achever des soignants déjà à bout. Elle part après un appel de l’ARS en Martinique en octobre 2021 et est affectée à Fort de France. Cela lui permet de voir de ses propres yeux les conditions sanitaires dans les DROM françaises, ce qui lui apporte du positif d’un point de vue personnel, mais confirme surtout le manque de moyens sur place. Margaux comprend que ce n’est la France que sur le papier… Elle est là aussi, mais à une plus grande échelle, confrontée à un manque de personnel de matériel, mais surtout d’argent. Elle me raconte que les infirmières achètent à leur frais des thermomètres. Ce voyage et la crise du Covid représentent pour elle le point final d’une colère contre la gestion globale de l’hôpital français.
Après une pause d’un an marquée par un suivi psychologique et psychiatrique et une formation intense d’une quinzaine de modules, soit 150h de cours au sein d’une école spécialisée, elle rebondit, elle veut continuer à prendre soin des autres, surtout des bébés, en tant qu’ancienne infirmière puéricultrice, riche de cette expérience et de sa formation médicale malgré les doutes et parfois un sentiment d’illégitimité. Cependant, elle veut pouvoir avoir le temps, elle veut pouvoir dialoguer avec les parents, travailler dans le calme et non dans l’urgence. Alors elle monte son entreprise, sans aucune expérience dans le milieu, sans connaître les démarches pour devenir auto-entrepreneuse elle se lance.
C’est ainsi que naît Margaux Bien Naître, massage de femmes enceintes, conseils et accompagnement autour de la périnatalité, thérapeutique bain bébé, elle prend soin autrement des nouveaux-nés et de leur maman. Margaux se sent désormais à sa place, elle ne part plus travailler la boule au ventre, au contraire, elle sait qu’elle aura le temps d’apporter tendresse et apaisement à son public. Si Margaux a réussi à rebondir après des années d’épuisement au travail, beaucoup d’ex-soignants peinent à se reconstruire et à retrouver goût dans leur activité professionnelle.
L’organisation et la gestion du milieu hospitalier en France doivent aujourd’hui être repensées autant pour le personnel que pour les patients. Margaux, elle, a trouvé une nouvelle voie, celle du soin, loin des hôpitaux mais plus proche de l’humain.
Emma Berthelot
Margaux Bien Naître
Photo ©Morgane Brangeon

Écrit par Vicky Sommet
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Merci pour ce travail Emma, merci pour cette opportunité Vicky.
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