Combien sommes-nous à la génération des boomers à avoir pu vivre de notre passion ? C’est le choix qu’a fait Caroline Aphessetche, quarantenaire rencontrée dans ses chères montagnes du Pays basque, entrepreneuse dans l’âme, personnalité solaire, toute entière tournée vers la nature et la randonnée.
Une mère inspirante
Élevée dans un village du Pays Basque, dernière d’une fratrie de quatre, Caroline raconte : « J’ai eu la chance d’être la dernière, d’avoir une mère qui nous a encouragés dès notre bas âge, tout ce qu’on faisait était bien, elle nous disait de ne pas avoir peur. Je n’ai jamais craint de rater ou de mal faire, je savais que j’avais l’aval de ma mère. Son obsession était que nous fassions ce que nous aimions, que nous soyons autonomes. La vie devenait un jeu. »
Après une scolarité sans encombre au lycée de Bayonne, la jeune fille finance elle-même ses études universitaires. Elle enchaîne les petits boulots, fait des extras dans les magasins, « mais après la maîtrise, c’était trop difficile de tout mener de front. »
Montez cette entreprise !
La dernière année, on lui demande pour son projet de mémoire de fin d’études d’imaginer une création d’entreprise dans le milieu sportif. Sa mère lui parle « des pèlerins qui doivent porter leurs sacs sur le Chemin de Compostelle ». Caroline se dit que c’est une bonne idée de monter un système de transfert de bagages à partir de Saint Jean Pied de Port, ville de départ du Camino Frances. Elle crée sa structure de façon fictive et la présente au jury. Elle reçoit une très bonne note, termine major de sa promo et ses profs conquis par le projet lui disent « Montez cette entreprise ! »
Portée par leur énergie, Caroline décide de se lancer, elle a 22 ans et se dit, elle qui a toujours eu des envies de pigeon voyageur, qu’elle pourra travailler 7 mois par an et le reste du temps partir voyager ou randonner dans ses chères montagnes qu’elle a découvertes à 18 ans et qui sont devenues sa passion.
Elle baptise sa société Express Bourricot et commence ses livraisons vers Logrono, seule au volant de son camion. C’est une première que ce soit côté français ou espagnol. C’est tout de suite un succès ! La concurrence arrive dès la fin de la première année, mais Caroline les convainc de se partager les tronçons du Chemin et de travailler tous au même prix. En parallèle, elle propose d’autres services dont celui de porter directement à Santiago les bagages des pèlerins étrangers voyageant en Europe à l’issue de leur Chemin.
Pendant 13 ans, à chaque fin de saison pendant son temps off, la jeune femme en profitera pour parcourir le monde pendant 1, 2 ou 3 mois : Asie, Amérique du Sud, Afrique.
Passion randonnée
En 2016, Caroline, épuisée physiquement et moralement, décide de revendre l’entreprise et de se consacrer à sa passion : la randonnée en montagne (elle a un brevet d’état d’accompagnateur). Après un grand voyage de deux mois en VTT en Nouvelle Zélande, elle travaille en encadrement free lance de randonnées pour des agences de voyage, tout en se consacrant à sa vie de famille et à son fils qui vient de naître. Mais le COVID arrive et…
« Je me rends compte que je n’aime pas la façon dont je travaille dans une montage très touristique. »
Une montagne sportive au féminin
Caroline profite du confinement pour réfléchir à un nouveau projet. L’inspiration vient le matin quand elle fait du sport. À la fin du confinement, son projet de « montagne sportive au féminin » est ficelé, son site internet créé, Lilika est née ! Dès le départ, le projet cartonne, son projet est très valorisé par les journalistes qui à la fin du confinement sont à la recherche de projets axés sur la nature qui parlent de changement de vie.
« Ce que j’aime le plus, que ce soit ici ou là-bas, partager simplement un moment montagne loin des foules), en petit groupe, lors d’un lever de soleil, avoir la sensation que ce moment nous appartient et avoir le sourire. »
INTERVIEW
MHC Pourquoi une montagne au féminin ?
CA : Avant ça, je travaillais avec des groupes mixtes mais je me suis aperçue que les femmes ne veulent pas s’inscrire à des niveaux supérieurs, elles préfèrent rester dans des niveaux inférieurs. Là, je leur propose un espace pour faire de la montagne sans se prendre la tête.
MHC Qu’est-ce que votre concept a de nouveau ?
CA : Je propose en début d’année une quinzaine de randonnées qui vont d’une journée à plusieurs jours, avec trois niveaux de difficultés différents. Je forme des groupes de 8/10 personnes. Deux fois par an, j’organise un séjour d’une semaine à l’étranger. Nous sommes déjà allées dans les Dolomites, à Majorque, Minorque, Tenerife, Madère, Lanzarote. En 2027, je prévois d’aller en Autriche et à La Palma. Toutes mes randos sont remplies en quelques jours après que mon mail de début d’année soit envoyé.
MHC À qui s’adressent vos randonnées ?
CA : À des femmes qui viennent avant tout pour randonner, je ne cherche pas des séjours confort, les marcheuses portent leur sac, elles ont en moyenne 40 ans, cela va jusqu’à 65. J’aime accompagner des femmes qui sont prêtes à sortir de leur zone de confort. Je leur apprends la gestion de l’effort, à ne pas se mettre dans le rouge.
MHC Combien de jours partez-vous chaque mois ?
CA : Environ 11 jours par mois. En juillet, par exemple, j’ai organisé une sortie de 3 jours, une de quatre jours et 2 sorties à la journée. C’est un équilibre de vie parfait pour être en forme, moins je ne le serai pas, plus je serai fatiguée. C’est un métier passion, je ne suis pas là pour gagner de l’argent.
MHC Que faites-vous pour vous pour vous entretenir ?
CA : J’ai 46 ans, je bichonne mon corps : massage une fois par mois, acupuncteur 2 ou 3 fois par an pour rééquilibrer les énergies, du repos quand il le faut. Mon meilleur allié santé c’est mon travail !
MHC Et demain ?
CA : J’aimerais aussi faire quelque chose avec les enfants, leur organiser des randonnées en montagne, une façon d’intégrer mon fils. J’ai déjà écrit en 2024 le premier volume d’un livre pour eux, « Mon petit topo », composé de 52 itinéraires pour les petits de 4 à 10 ans dans les Pyrénées. Cela a représenté un an de travail que j’ai réalisé avec l’aide de mon fils.
Lilika
Page Facebook
Mon Petit Topo – 15 destinations des Pyrénées idéales pour les 4-10 ans

Écrit par Marie-Hélène
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