Dès ses 18 ans, Loïc Judeau s’engage comme secouriste pour la Croix-Rouge dans sa petite commune bretonne de Landerneau dans le Finistère et gravit des échelons dans le secours aux victimes. Puis il suit des études d’infirmier lorsqu’en 2002, dans le Gard, ont lieu des inondations et, avec un de ses collègues bénévole rentré de cette région, ils se retrouvent chargés tous les deux de coordonner une opération d’urgence autour d’Aramon. Au même moment se créent les équipes internationales de réponse aux urgences humanitaires, il postule pour être recruté et part très vite en Côte d’Ivoire et, en 2010, il travaillera sur le tremblement de terre en Haïti.
« Je suis parti comme infirmier au sein des équipes médicales avec des Norvégiens car nous sommes sollicités par la Fédération internationale qui regroupe toutes les Croix-Rouge dans le monde. C’est la première fois où j’ai été déployé dans ce rôle d’infirmier, ce qui m’amènera à suivre une spécialisation sur les malnutritions et une aussi sur les épidémies et je suis parti pendant un an en Mauritanie sur des programmes pour lutter contre la malnutrition, puis au Tchad un an également comme coordinateur médical et, ensuite, j’acquiers d’autres diplômes, toujours dans le domaine de la santé, et je travaille au département Formation puisque, en 2015, on assiste à l’épidémie d’Ébola et il faut former des personnels médicaux qui vont partir pendant environ deux ans en Guinée-Conakry. »
Loïc pense qu’il ne faut pas négliger les populations locales et les personnels sur place, d’où l’importance des formations, et de faire preuve d’empathie et d’adopter les représentations des autres, car ce ne sont pas les équipes qui viennent sur place qui vont apporter les réponses. Mais avec des ethnologues, des anthropologues et des psychologues, ils ont essayé de comprendre, comme par exemple pour Ébola, les contaminations très importantes lors des enterrements, avec des rites funéraires extrêmement contaminants. Mais il ne suffisait pas de dire qu’il fallait faire très attention et de ne pas toucher les corps car une personne décédée d’Ébola a une charge virale très importante. Autre exemple, au centre du Tchad, dans la zone de Batha, il y a des populations où les mères brûlent les ventres des enfants en neuf points lors de diarrhées, car elles-mêmes ont été brûlées et leurs mères avant elles aussi, et donc si elles sont encore en vie, c’est que ce traitement particulier a fonctionné. Pour la bonne raison que le feu arrête l’eau ! En raison des nombreux aléas climatiques à venir, il faut préparer les populations locales à faire face avec des premières réponses, sans nécessairement attendre l’aide internationale.
« Avec 90 millions de bénévoles de la Croix-Rouge à travers le monde, on va toujours en croiser un dans un village qui nous parlera et des progrès et des avancées en matière sanitaire. Une innovation est mise en place aujourd’hui avec l’installation de radios qui permettent aux locaux de prendre la parole car, lorsqu’on donne la parole, on donne le pouvoir à ceux qu’on n’entend pas assez. Par exemple, la maman qui a un enfant malnutri peut témoigner plus que l’infirmier ou le médecin du dispensaire. Redonner la parole aux malades, aux accompagnants ou aux patients guéris d’Ebola, rien n’est plus parlant et plus efficace. Il s’agit là d’une radio-box dans un sac à dos qui contient une petite radio mobile avec une batterie et sans besoin d’électricité pour l’alimenter, autonome pour 4 heures d’émission et très simple à monter, même pour un enfant. C’est une solution technique qui complète le travail que mènent les Croix-Rouge sur le continent africain. Après un premier test au Tchad, elles ont essaimé sur d’autres pays, plus qu’une radio d’urgence, c’est un outil au service des bénévoles sur place. »
Ces radios sont aussi utilisées en France par les secouristes alors qu’en Afrique, elles servent surtout pour distiller des conseils aux agriculteurs pour adapter leur culture aux changements climatiques ou diffuser des annonces lors d’épidémies comme le choléra, des nouvelles pour informer la population lors des récents incendies en Gironde. La radio est un outil robuste et qui peut émettre très loin. Elles servent aussi à former des volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge répartis sur le terrain à utiliser des SMS codés pour rendre compte des situations sur place lors d’épidémies et permettre ainsi de dresser une carte de la situation épidémiologique sur le terrain. Il faut préciser que chaque Croix-Rouge locale est souveraine sur son territoire et on ne peut agir qu’avec l’accord des partenaires sur place.
Quels sont les projets de Loïc pour aller plus loin dans l’efficacité de ses actions ?
« Nous sommes en train de tester chez les enfants des écoles le fait qu’au lieu de choisir une option sport par exemple, ils vont prendre l’option Croix-Rouge, c’est-à-dire qu’ils vont à la fois suivre des cours de secourisme, mais aussi intervenir avec les unités locales dans leurs projets locaux, comme aider dans une boutique, faire de la distribution alimentaire. Nous avons actuellement un peu plus de 200 options Croix-Rouge qui fonctionnent déjà. On va essayer d’équiper ces jeunes d’un petit sac radio pour qu’ils apprennent à réaliser une émission de radio. Sachez que nous accueillons tous les volontaires à la Croix-Rouge, hommes, femmes et enfants, même si moi, avec ma formation, je travaille plutôt sur les épidémies en Afrique, nous sommes aussi en Asie et au Moyen-Orient, avec 192 sociétés nationales de la Croix-Rouge aujourd’hui dans le monde. »

Écrit par Vicky Sommet
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