Sélectionner une page

À la question « Parlez-nous en tant que jeune de la Gen Z d’une personne que vous admirez parce qu’elle se soucie des autres et en a fait l’essence même de son métier », Mateo Le Guen-Pereira, étudiant en 3ème année de licence d’histoire à Sorbonne Université Paris, que j’ai eu le plaisir d’accompagner en tant que tutrice dans le cadre d’un atelier de réflexion sur le métier de journaliste, a choisi d’évoquer ces journalistes qui travaillent en Chine, sous couvert d’anonymat, obligés de respecter les contraintes en cours dans ce pays qui exigent discrétion et courage, tout en mesurant les risques encourus en exerçant leur métier. 

Travailler comme journaliste indépendant en Chine relève d’un exercice d’équilibriste. Selon Reporters sans Frontières, La République populaire de Chine est  « la plus grande prison du monde pour les journalistes ». Dès lors, maintenir sa volonté de raconter un pays complexe en composant avec un appareil de surveillance omniprésent relève d’un courage que seuls des individus passionnés et investis peuvent accomplir. J’ai choisi de parler de ces journalistes qui ont pour l’immense majorité l’obligation de rester anonymes pour mieux décrire la réalité et qui s’accrochent à leurs idéaux en dépit des risques encourus.

Prenons tout d’abord l’exemple d’Éric Mayer, l’un des seuls journalistes indépendants français en Chine, qui choisit de signer de sa plume des essais dépeignant la société chinoise. Arrivé dans le pays durant la fin des années 1980, il fut un témoin oculaire des manifestations de la place Tian’anmen. En 2008, il affirmait dans une interview donnée à France 24, que « Toute la presse chinoise est propriété du Parti communiste chinois, de l’État chinois et donc un outil, un véhicule d’idéologie ». Son travail ne pouvait être publié localement et il était personnellement soumis à un chantage au visa permanent. Il quitte définitivement la Chine en 2019, fort d’une expérience de près de 30 ans à Pékin, sans avoir été inquiété.

Il n’en est cependant que la partie émergée de l’iceberg. La plupart de ces journalistes sont autonomes et anonymes. Ces derniers travaillent majoritairement comme pigistes pour de grands médias occidentaux depuis de nombreuses années, sans que le public ne soupçonne leur existence. Leur quotidien réside dans le compromis perpétuel face à un système qui ne tolère pas la curiosité journalistique. Ils doivent composer avec des rédactions aux mains du régime et des habitants soucieux de leur sécurité. Ils ont appris à poser des questions de manière intelligente mais aussi et surtout à protéger leurs contacts et à anticiper ce qui pourrait être interprété comme une provocation par les autorités en place. Ils captent également, souvent par le biais de caméras discrètes, les images d’un monde rongé par la censure.

Aucun prix ni aucune distinction ne viendra récompenser publiquement leur travail. C’est à mon sens ce qui force l’émerveillement : continuer, en dépit des risques dont témoigne leur activité, à informer un public qui ignore leur propre identité. Face à une frustration certaine, ils choisissent par nécessité de délaisser toute forme de reconnaissance au profit de leur mission.

Nous peinons à mettre un nom sur ces hommes et ces femmes. Nous savons cependant que plus d’une centaine de journalistes seraient détenus dans les geôles du régime selon RSF, majoritairement hongkongais, souvent indépendants, et n’ayant aucun recours juridique possible dans un régime bafouant l’état de droit. J’ai choisi d’écrire en leur honneur, dans la mesure où, chaque jour, ils me fascinent tant par leur courage que leur dévouement envers un idéal plus grand : celui de la liberté d’informer.

Mateo Le Guen-Pereira

©Vicky Sommet - Les Unes & Les Autres

Écrit par Vicky Sommet

Vous aimerez aussi

Vous aimerez aussi

Hervé Guillemot, le théâtre chevillé au corps

Ce fut d’abord une première orientation avec le désir de devenir journaliste et une école, le Centre de Formation des Journalistes, étant lui-même fils de journaliste, même si une carrière d’artiste lui aurait plu tout autant. Tout de suite, il a concrétisé son envie...

lire plus

David Sabatier, un avocat en cuisine

Tout a commencé par une reconversion inattendue. Avocat pendant une quinzaine d’années, Maître David Sabatier quitte sa robe d’avocat pour enfiler le tablier d’un chef de cuisine en 2018. Un parcours qu’il raconte avec enthousiasme. « Ce fut la meilleure décision de...

lire plus

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *