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À la question « Parlez-nous en tant que jeune de la Gen Z d’une personne que vous admirez parce qu’elle se soucie des autres et en a fait l’essence même de son métier », Émilien Côté, étudiant en 3ème année de licence d’histoire à Sorbonne Université Paris, que j’ai eu le plaisir d’accompagner en tant que tutrice dans le cadre d’un atelier de réflexion sur le métier de journaliste, choisit Florence Aubenas dont il dresse ci-après un portrait attachant.

Debout, seul face à la classe, je reprends fébrilement ma respiration et continue à conter la vie d’une femme dont j’avais découvert le nom quelques jours plus tôt : Florence Aubenas. Au milieu d’une myriade de noms soigneusement choisis par notre professeure de lettres, elle figurait aux côtés d’Olympe de Gouges, Simone Weil et Marie Curie. Son nom piqua ma curiosité : comment se faisait-il que cette femme m’était encore inconnue ?

Fille de Jacqueline Aubenas, elle-même journaliste et critique de cinéma, Florence Aubenas a commencé à apprendre le métier de sa mère sur les bancs du Centre de formation des journalistes de Panthéon-Assas, avant de rejoindre les rangs du Matin de Paris puis du Nouvel Économiste. Ce n’est qu’en 1986 qu’elle entre à Libération, où elle devient grand reporter. Pendant près de vingt ans, elle oscille entre les zones de conflit, comme en Irak et en Afghanistan, et les tribunaux judiciaires français, où elle couvre de nombreux procès historiques, comme celui de l’affaire d’Outreau en 2004.

Moins d’un an plus tard, le 7 janvier 2005, Béatrice Schönberg annonce la disparition inquiétante de la journaliste française en Irak au journal de 20 heures de France 2. Enlevés à l’université de Bagdad par un groupe moudjahidine opposé à la présence américaine dans le pays, Florence Aubenas et son fixeur Hussein Hanoun sont détenus pendant six mois avant d’être remis aux agents de la DGSE au début du mois de juin.

Si ce feuilleton médiatique a occupé pendant des mois les écrans des Français et fait connaître son nom à l’échelle nationale, c’est surtout comme symbole d’une rigueur indispensable au travail de terrain journalistique qu’il s’est imposé à mes yeux. Après avoir quitté Libération pour Le Nouvel Observateur en 2006, Florence Aubenas fait du journalisme d’immersion sa signature. Elle choisit de s’imprégner du quotidien des « oubliés » de la société française pour mieux le dépeindre dans ses écrits. De ce savoir-faire naît en 2010 Le Quai de Ouistreham, son premier récit autobiographique tiré d’une enquête de près de six mois. Durant celle-ci, Florence Aubenas cache son métier de journaliste et s’inscrit à Pôle emploi à Caen pour toucher du bout des doigts la vie des travailleurs précaires.

Plus qu’un simple travail d’investigation, ce livre représente la quintessence de ce que Florence Aubenas définit comme le journalisme. Dans une interview accordée au podcast Totémic de Radio France en février 2023, Aubenas revient sur cette expérience en expliquant que le journalisme tel qu’elle le conçoit — un journalisme social — est aussi une manière « de participer et de donner de soi-même aux autres ». Plus récemment encore, la vision qu’elle porte sur sa vocation s’est illustrée dans son engagement de reporter en Ukraine, où elle s’attache à rendre visible un conflit qu’elle refuse de reléguer hors du réel.

Aujourd’hui, il me tenait à cœur de rendre hommage à cette reporter que j’ai découverte au collège, car c’est de son nom qu’est née ma première curiosité pour le journalisme ; c’est de cette femme qu’a émergé ma volonté de faire de ce métier ma vocation.

Émilien Côté

©Vicky Sommet - Les Unes & Les Autres

Écrit par Vicky Sommet

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