« Je suis tout ce qui touche au vrai, la montagne, c’est le vrai et le désert, c’est aussi l’authenticité. » Issue d’une grande fratrie, avec beaucoup de frères et de sœurs, en tant que grande sœur qui remplace souvent la maman, Christel pense avoir bénéficié dès son enfance de l’ouverture aux autres. Elle mettra cette altérité au profit de son engagement en franc-maçonnerie, tout en participant à la fois sur la durée et le chemin à suivre, pour devenir une maçonne accomplie. Elle quittera cette école de la patience pour s’engager autrement en créant une association « Les puits du désert ».
Après un exercice de parachutisme, puis un essai de pilotage en avion, elle apprécie ce face à face entre le risque et le danger. Tout l’attire. « Oui, c’est vrai, j’aimerais aller dans la lune car j’aime tout ce qui est dans l’air. Je ne suis pas une aventurière, je ne l’ai pas cherché, mais c’est le destin qui est venu à moi. » Elle passe son brevet de pilote, très vite après avoir regardé à la télévision le portrait d’une femme alsacienne de 80 ans qui va au Kenya de village en village poser son avion et soigner es enfants. « Ça m’avait donné la chair de poule et je m’étais dit, c’est ça que je dois faire. » Elle passait à ce moment-là tous ses samedis après-midis à l’aéro-club pour faire des heures de vol. Et, un jour, au poste à essence où se ravitaillent ces pilotes amateurs, elle rencontre un homme dont l’avion immatriculé en Suisse était tout jaune, couvert de sable. « Je lui ai demandé d’où il venait et il me répondit qu’il rentrait du Congo où il avait fait un grand tour et m’a raconté son aventure avec Air Solidarité. Au vu de mon enthousiasme, il me confie son Roadbook pour que je les contacte en disant qu’il le reprendrait lors de son prochain passage pour se ravitailler. » La semaine suivante, Christel rend le Book à la station de ravitaillement pour s’entendre dire que l’homme était décédé d’une crise cardiaque et elle a eu l’impression qu’on lui transmettait un témoin. Elle prend contact avec cette association et a tout de suite été acceptée. Ils étaient médecins ou pilotes mais personne n’était spécialisé dans la communication.
« Ainsi, pendant dix ans, un mois par an, nous étions un douzaine à partir ensemble. Est-ce le hasard ? Je n’y crois pas trop, mais tout s’est enchainé naturellement pour que je me retrouve là où je voulais être. Gabon, Congo, Mali et d’autres pays vont faire partie des destinations que nous avons privilégiées. Avec pour point commun, la pauvreté de ces pays francophones. »
Christel se lie d’amitié avec Mohammed, un Touareg, elle qui ne l’est pas mais a vécu la relation avec ce peuple comme celle d’une âme sœur. Leur aide a commencé par la fourniture d’eau, car l’eau c’est la vie, puis l’éducation des enfants qui n’ont plus besoin d’être de corvée pour aller la chercher et ainsi aller à l’école, constructions de puits puis constructions d’écoles, de dispensaires et les femmes sont ensuite venues demander qu’on pense à elles. Christel est devenue « Tambara », c’est-à-dire la porte-paroles des femmes Touaregs auprès du Sultan d’Agadès. « J’ai nommé une femme dans chaque village et elles font remonter les problèmes auprès du Sultan. Mais suite au coup d’état, je ne peux plus y aller en ce moment. Et en attendant, je les règle par téléphone. »
Aujourd’hui, 360 puits ont vu le jour. « Une fois, après un atterrissage forcé dans le désert de l’Aïr et comme j’étais immobilisée quatre jours pour un problème de batterie, j’ai demandé ce que je pouvais faire pour remercier et on m’a répondu, il faudrait construire un puits. Je n’avais plus que ça en tête en rentrant et après avoir tiré la sonnette d’alarme de tous mes amis, car j’ai la chance d’en avoir dans le monde du show-biz, ils se sont vraiment tous mobilisés, comme Stéphanie et Michel Fugain ou Laurent Baffie, et, la première année, on en avait déjà construit une vingtaine. » Mais comment fait-on un puits ? Il faut d’abord écouter la population pour évaluer l’urgence sur place, le nombre d’habitants, les distances d’un puits à l’autre, on creuse parfois jusqu’à 80 mètres et l’eau a toujours été trouvée car les Touaregs ont hérité du savoir de leurs ancêtres, ils savent là où il y a de l’eau.
« Sans architecte et sans carte géologique, on sait qu’il y a de l’eau puisque qu’autrefois l’océan était à la place du désert et aujourd’hui on retrouve des fossiles d’oursins ou des arêtes de poissons sur des cailloux. L’eau est rarement salée, car elle perd son sel en remontant par capillarité. Le puits se construit à la main, huit puisatiers qui viennent du sud du Niger creusent pendant deux mois et, une fois terminé, on le remet officiellement au chef du village pour qu’il en prenne la responsabilité avec un comité de gestion et des outils pour les réparations ».
Un puits aiderait environ 10 000 personnes à survivre, ce qui représente trois villages, dans un rayon de 20 km, ce qui enraye les maladies, la mortalité infantile (un enfant sur trois n’atteint pas l’âge de 5 ans), avec un puits, toute la vie change ! Lorsqu’on sait que la misère engendre la colère et souvent la colère se transforme en guerre civile, un exemple avec les jeunes sans emploi qui allaient servir de mercenaires dans les armées de Khadafi, ce qui leur permettait de toucher un salaire tous les mois qu’ils envoyaient à leur famille et, quand Khadafi a disparu, ils sont rentrés au pays avec une kalashnikov à la main et ils sont venus voir Christel pour demander à être réinsérés dans la vie sociale et gagner de l’argent ; si on dépose les armes et on vous garantit la sécurité dans toute la zone.
« À mon retour en France, je suis allée voir le Ministère des Affaires étrangères pour l’informer de cette requête. Le résultat, en échange de leur promesse, on leur a donné à chacun un terrain de 1 500 mètres carrés, avec un puits pour trois terrains, et on les initie au métier du maraîchage, avec au départ 150 jardins et beaucoup plus aujourd’hui, ils ont ainsi multiplié par dix ce qu’ils gagnaient chez Khadafi. Mais comme on a découvert de l’or à la frontière de la Lybie loin d’Agadès, beaucoup de jeunes sont partis mais ceux qui sont restés, on leur demande : Vous n’êtes pas partis pour chercher de l’or ? ils répondent, notre or, il est là en montrant leurs jardins ! »
Il reste encore beaucoup à faire mais Christel conclut par ces mots : « Peu importe les chemins que l’on emprunte, finalement il suffit de sortir du cercle étroit que la vie « raisonnable » impose, d’ignorer les freins ou les contraintes que l’on s’inflige ».

Écrit par Vicky
Association Le puits du désert
LIRE « Femme de montagne, âme nomade » de Christel Pernet aux éditions Les Passionnés de Bouquins (2025)
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