Psychologue, psychothérapeute et écrivaine, Marie de Hennezel a souhaité parler de la fin de vie et de sa prise en compte dans nos sociétés qui l’évoquent avec difficulté, et ce, bien avant la loi votée en juillet dernier. Après « La mort intime », « L’art de mourir », « Mourir les yeux ouverts » ou « Nous voulons tous mourir dans la dignité », Marie de Hennezel a voulu évoquer dans « La mort sereine » ceux qui disent « vouloir mourir à l’ancienne », c’est-à-dire dans la sérénité d’une mort choisie et acceptée.
« Je me suis intéressée à la mort de par mon histoire familiale, mais ce qui a déclenché cet intérêt, c’est surtout la proposition de François Mitterrand qui a souhaité que j’intègre en 1987 la première unité française et européenne de soins palliatifs. Lui-même se sentait très concerné car on ne lui avait donné que peu d’espérance de vie et je lui avais dit que cela ne dépendait pas des médecins mais de lui-même et j’avais ajouté… des forces de l’esprit, une phrase qu’il avait reprise dans ses derniers vœux en 1994. Et là, je me suis retrouvée avec d’autres, médecins, infirmières, soignants, dans une situation pionnière puisque personne à part le Canada, le Québec et le mouvement des hospices en Angleterre ne s’était penché sur cette question. »
Marie de Hennezel s’est remise à l’écriture quand le ministère de la Santé lui propose une mission sur ce même thème, sur une durée de cinq ans, et après avoir remis deux rapports, elle a continué à s’intéresser et même encore aujourd’hui à un sujet plus en amont, le bien-vieillir. Avec à la fois plusieurs ouvrages qui en parlent et une expérience sur le terrain, en partageant ses idées avec des personnes qui s’y intéressent dès leur départ à la retraite et avec des journalistes et des personnes de l’audiovisuel. Mais aussi dans des résidences-services, pour parler de l’aventure de vieillir, elles qui accueillent des personnes autonomes de 80 à 100 ans, et là, elle a mis en place des groupes de parole, dans lesquels on parle de cette situation spécifique avec trois mots-clés : heureux, fécond et intéressant !
« Ce n’est pas le bureau des plaintes et des lamentations, non, l’objectif de ce parcours, c’est de changer l’image de vieillissement dans la société, de montrer que des personnes âgées vivent des choses heureuses, intéressantes et fécondes et leur permettre de garder l’estime d’elle-même, un des ingrédients importants si on veut conserver son autonomie. Des études scientifiques le montrent, une personne qui pense que tout est derrière elle, c’est une personne qui a beaucoup plus de risques de chuter, de déprimer, et une entrée dans la perte d’autonomie. C’est une conférence que j’avais donnée quand j’avais 60 ans, avec dans la salle, 900 personnes qui avaient plus de 60 ans qui étaient intéressées par la question du vieillissement et je m’étais dit c’est un vrai sujet ! »
La France a été pionnière en la matière et elle aurait pu le rester, mais la Belgique et la Suisse, elles, ont beaucoup développé les soins palliatifs et voté des lois qui permettent de mettre fin à sa vie, mais il faut remarquer que ces personnes ont le choix.
En France, on a pris énormément de retard puisqu’aujourd’hui, par exemple, il y a encore 20 départements qui n’ont pas de soins palliatifs et cela ne semble pas intéresser les pouvoirs publics. Marie de Hennezel se souvient d’avoir été au cabinet de Nicolas Sarkozy pour défendre une mesure qu’elle avait proposée dans son rapport « La France palliative », une mesure peu onéreuse qui consistait à rendre obligatoire dans chaque hôpital, général, universitaire ou local, une fois par an, un forum d’information et de discussions autour de la fin de vie pour que médecins et soignants puissent venir entendre ce qu’il est possible de faire et cette culture palliative serait ainsi connue de tous. Mais on lui avait dit que ce n’était pas possible d’organiser des réunions sur ce thème, ce à quoi elle avait répondu : « Mais vous faites bien des réunions sur les maladies nosocomiales ! ».
« J’ose le dire, les raisons derrière cela sont économiques. Nous allons avoir des morts en série avec les personnes âgées d’aujourd’hui qui vont partir, ce qui occasionnerait un milliard cinq cents millions d’économie. Mais j’ai voulu aussi parler dans mes livres et en particulier le dernier, La mort sereine, d’une façon de mourir dont on ne parle pas, ou en disant des choses inexactes. C’est le choix que font des personnes très âgées qui n’ont plus faim ni soif, comme si leur corps leur disait je suis au bout de mon chemin. Elles ne sont pas malades mais usées et se rendent bien compte que c’est la fin. Elles ne sont pas déprimées, sereines même, elles qui ont fait leur vie et qui souhaitent qu’on les laisse partir doucement, à leur rythme, c’est un consentement à mourir, ce qui est différent d’un suicide. »
Depuis la sortie de ce livre, Marie reçoit beaucoup de courrier de personnes qui culpabilisaient d’avoir laissé ainsi partir leur parent et qui ont été rassurées. Cela demande du respect, alors que les médecins aujourd’hui mettent des perfusions si quelqu’un arrête de s’alimenter ou de boire, mais ils savent aussi que cela crée souvent des infections des poumons ou des œdèmes. Il faut donc différencier la nourriture-soin et la nourriture-traitement. Or il y a moins de 5 % de personnes qui veulent mourir comme l’entend la nouvelle loi. C’est la peur de souffrir qui motive les autres, ce qui est naturel. Pour elle, les soins palliatifs, c’est l’assurance de ne pas être abandonné à l’heure de la mort, quand d’autres veulent maîtriser leur mort. Par exemple en Suisse ou dans l’Oregon, ce sont des bénévoles d’association qui accompagnent ces départs. Mais on sait aussi que des personnes âgées peuvent changer d’avis en l’espace d’une journée et cela ne sera pas possible dans les 48h qui précèdent. Ce sera considéré comme si donner la mort est un soin et un vrai dilemme pour les médecins.
Suicide assisté ou euthanasie, la question est difficile et la réponse tout autant pour chacun d’entre nous.
N.B. Promulguée le 18 août 2026, la loi relative au droit à l’aide à mourir crée un nouveau droit en France. Ce texte historique permet aux patients majeurs atteints d’une affection grave et incurable en phase avancée ou terminale d’accéder à un suicide assisté sous des conditions strictes de souffrance et de discernement. Les conditions retenues sont les suivantes : être âgé d’au moins 18 ans, être de nationalité française ou résider de façon régulière en France.
LIRE « La mort sereine » de Marie de Hennezel (éditions Plon, mars 2026)

Écrit par Vicky Sommet
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