Ce fut d’abord une première orientation avec le désir de devenir journaliste et une école, le Centre de Formation des Journalistes, étant lui-même fils de journaliste, même si une carrière d’artiste lui aurait plu tout autant. Tout de suite, il a concrétisé son envie en allant monter une radio dans le Pacifique et, de retour en France, il est passé par Europe 1, puis la presse touristique avant de revenir à la radio, sur Radio France Internationale en particulier, car né au Maroc et ayant vécu en Belgique, c’était l’international et la géopolitique qui l’intéressait.
« J’avais fait du théâtre au lycée et n’ayant pas poursuivi dans cette voie, j’ai proposé à mes enfants d’en faire à leur tour. Pendant 20 ans, j’ai essayé de les convaincre sans succès et c’est moi qui ait fini par y aller avec une formation à la MJC de Colombes, puis au Studio Jack Garfein à Paris et des stages de clown et de mime. J’avais déjà commencé à écrire, j’ai aimé jouer et j’ai saisi l’occasion pour entamer une nouvelle vie. Et cela fait maintenant 25 ans que je ne fais que ça avec, entre autres, une de mes pièces jouée au off d’Avignon avec ma compagnie Pompes et Macadam. »
Faire que ça, c’est-à-dire ? Comédien, metteur en scène ou auteur ?
« Comme j’avais beaucoup de temps à rattraper car je m’y suis mis tard, j’ai décidé d’écrire, de jouer, de monter des pièces et, comme je ne pouvais plus être jeune premier, j’ai assumé mon rôle de vieil ancien et j’ai écrit des pièces. Ce dont je suis convaincu, c’est que j’y suis allé avec la même curiosité que j’avais quand je suis devenu journaliste. C’est ainsi que le jour où on m’a proposé d’être intervenant théâtre dans une association qui accompagne des femmes victimes de violences conjugales, j’étais partant avec, en plus, un enjeu social et humain très important. »
Au départ, c’était un atelier qui réunissait des femmes qui ne se connaissaient pas, fermées même les unes vis-à-vis des autres, bien qu’elles aient eu un parcours semblable et c’est pourtant devenu une troupe. Elles se sont d’abord apprivoisées les unes les autres pour oser parler et ensuite elles ont lâché prise et le travail a pu commencer.
« Dès le début, il y avait un climat de défiance car, moi, j’étais un homme. Dans les premières séances, on se regardait en chiens de faïence mais heureusement, une référente de l’association était présente pour appuyer la légitimité de la démarche. Ces femmes ne me regardaient pas ou le faisaient d’un œil mauvais, en demandant « c’est qui lui ? ». Mais les choses se sont arrangées au bout de quelques mois après m’avoir dit que j’avais l’air sympa et que je ressemblais à Pierre Bellemare ! Et, pour que l’échange se fasse, je leur ai demandé d’écrire et ce fut là une très grande satisfaction. »
Hervé n’a jamais voulu faire de l’art-thérapie, mais a conçu sa mission comme un accompagnement sur le chemin du théâtre, une sorte de compagnonnage. Il ne les a jamais interrogées sur ce qu’elles ont vécu, mais fait en sorte qu’elles montent sur scène en dehors de l’association. L’idée était qu’elles co-écrivent une pièce, qu’elles la mettent en scène et ensuite qu’elles l’interprètent pour jouer devant un public, un vrai challenge !
« Elles jouent sous un pseudo, Blanche, Julia, Miral, Dahlia, etc., mais je les connais sous leur vrai prénom. Nous sommes maintenant amis au point de partager un repas ou d’aller voir une pièce ensemble afin de leur ouvrir les portes du théâtre et leur faire rencontrer des comédiens. Au final, c’est une ouverture sur elles-mêmes et sur le monde mais, surtout, je suis devenu le témoin de ce lâcher-prise, petit à petit je les ai vues changer, elles se sont trouvées et même retrouvées. Après la culpabilité qui les habitait, car les victimes se sentent toujours coupables, elles ont, par exemple, écrit à la fin de l’une des pièces :
« Parler, dire, écrire, partager, monter sur scène, tout cela m’a libérée des peurs, des tabous, de l’exclusion, de la marginalisation et surtout m’a aidée à révéler celle que je suis réellement, pas seulement celle que j’étais ».
Aujourd’hui, elles mènent leur vie plus ou moins bien, mais toujours accompagnées pour faire face aux difficultés. L’une s’est inscrite dans un autre atelier théâtre, une autre dans une chorale. Hervé leur propose maintenant de jouer d’autres textes pour lesquels elles se sentent prêtes, mais, en même temps, elles ont envie de jouer encore ce qu’elles ont co-écrit parce qu’elles s’estiment tellement chanceuses qu’elles veulent continuer à faire passer leur message de résilience pour dire : « On peut s’en sortir, regardez-nous ! » Le thème de la pièce actuelle évoque le Kintsugi, cette technique japonaise qui consiste à réparer une céramique cassée à l’aide de poudre d’or pour pouvoir l’utiliser à nouveau, une manière, non pas de cacher les fêlures mais de les sublimer.
« Moi, à partir de leur texte, je fais un travail de mise en forme pour vraiment créer une pièce de théâtre. Ces femmes sont toutes issues de la banlieue, une population très diverse, de tous âges, de 20 à 70 ans, de toutes origines, avec pour certaines au départ de vraies difficultés d’expression, d’élocution et même de français. Je suis un sentimental et quand j’assite à une de leur représentation, je suis submergé par l’émotion. Certaines ont des enfants qu’elles ont fait venir, assis sur un tapis devant la scène, alors que certains pères sont encore en train d’harceler leur mère et de les démolir, ils les ont vues pour la première fois de leur vie sur scène et ils sont restés bouche bée quand ils les ont vues applaudies par le public. Comme elles veulent continuer, nous avons créé un collectif en dehors de l’association, et moi, je peux dire que nous nous sommes tant apportés mutuellement que c’est pour moi le plus beau des compliments. Je vais monter une nouvelle troupe cette année et je continue de temps en temps de jouer ici ou là comme prochainement dans le rôle d’Arcimboldo, en collant de couleurs, face à une Catherine de Médicis et je m’amuse beaucoup. »
Association L’Escale-Solidarité femmes qui a accompagné 600 femmes depuis 2019.
Collectif NaKaMa qui signifie la réunion des villages.

Écrit par Vicky Sommet
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