Une jeunesse sans histoires et à l’âge de 8 ans, par hasard, elle lit Andromaque. « Je n’y comprenais rien mais j’ai adoré. Et c’est comme cela que le théâtre est venu à moi. Je lisais des vers et des vers, je les lisais à voix haute et ça me plaisait. Il faut dire que j’étais une enfant extrêmement timide, mal dans ma peau et que j’avais décidé de ne pas parler. Mais en même temps, j’avais un rêve qui était de devenir avocate pour défendre la veuve et l’orphelin. Une amie m’avait fait alors remarquer que je ne pourrais le devenir si je restais silencieuse. Et comme elle suivait les cours de l’école de théâtre Périmony, elle m’a dit viens voir et tu feras un essai. »
La voilà arrivée dans un nouveau monde où elle avait l’impression que les portes et les fenêtres se sont ouvertes pour elle. Toujours silencieuse, tout en suivant en parallèle des cours pour devenir avocate où elle n’était pas heureuse, elle est restée pendant deux ans sans parler jusqu’à ce qu’elle suive le cours d’un comédien de la Comédie française, François Beaulieu, qui a été un professeur extraordinaire car il ne parlait pas que de théâtre mais d’ouverture sur le monde. Entretemps, Patricia se marie, a deux enfants, quand à la halte-garderie, on lui demande d’organiser un atelier de théâtre pour les tout-petits.
« Le théâtre m’attirait, j’avais envie d’exprimer des choses mais je n’y arrivais pas. Mais là je me suis dit, c’est ça que j’aime, transmettre ce que j’ai compris et pas nécessairement aller jouer sur scène. C’est à partir de là que j’ai créé mon cours, ce qui convenait à mon caractère qui aime avoir l’autorité sur ce que je fais. Je n’y ai pas vu de métier derrière mais une passion que j’ai toujours encore en moi. Ce qui m’a intéressée, ce n’étaient pas seulement les textes, mais aussi comment se comporter dans l’espace. J’ai aussi pendant ce temps été assistante d’un metteur en scène et là j’ai engrangé beaucoup de savoirs, un peu comme si j’avais une grande boîte à outils et que je les adaptais en fonction du public devant moi ! »
L’idée pour Patricia, ce n’était pas seulement que les comédiens jouent bien leur rôle mais aussi que quelque chose de la personne se révèle dans le jeu de l’acteur. En 2008, elle crée une association « Place au Palace » avec des cours pour enfants et ados, des cours d’improvisation et du théâtre pour adultes. Pour elle, c’est une rencontre où la confiance se partage, une rencontre entre un désir et un don entre elle et ses élèves. Puis est venue une autre aventure, celle où l’association « Les papillons blancs » l’a sollicitée pour créer un cours d’estime de soi pour des personnes en situation de handicap mental. Après avoir réfléchi sur ce nouveau challenge, elle en a conclu que si c’était être soi-même, elle était partante pour le faire.
« J’ai fait un essai avec une seule élève porteuse de trisomie et j’ai vu comment en deux heures elle attrapait tout alors qu’elle était venue à reculons, même physiquement. J’ai maintenant trois ateliers de deux heures sur l’estime de soi et comme une autre professeure de théâtre quittait son poste, elle m’a proposé de la remplacer. J’ai une haute idée du théâtre et je me suis demandé comment j’allais pouvoir atteindre ces personnes et faire en sorte que ça leur plaise. La première année a été difficile car ils étaient très attachés à celle qui m’avait précédée. Comme ce sont des endroits de libération de paroles et ils n’en ont pas beaucoup, avec 15 élèves, j’en sortais extrêmement fatiguée. On est parti d’un thème avec des improvisations, moi je filme et je réécris ce qu’ils ont dit, comme cette année un voyage sur la lune et Le petit prince. Ce que j’aime, c’est qu’ils amènent chacun leur talent. Par exemple, il en a un qui sait jouer de l’accordéon et donc j’intègre une vielle chanson qu’il peut jouer à l’accordéon. C’est du théâtre mais plus encore du spectacle ! »
Patricia se trouve plus enrichie d’eux que l’inverse. Ils lui apportent un sens de la poésie dans le concret de la vie, ils lui ont donné une énorme confiance dans ce qu’elle fait chaque semaine avec eux. Des personnes ordinaires exigent plus de vous, là ces élèves lui apportent plus que ce qu’elle donne. Ils l’aiment parce qu’elle leur apporte l’essentiel. Elle dit ne pas savoir quel est leur handicap, elle les prend comme ils arrivent et s’empare de leur énergie sans rien connaître de leur vie. Il y a aussi des moments difficiles avec celui qui s’enferme dans les toilettes et ne sait plus comment sortir, celui qui fait des crises ou celui qui hurle parce qu’il voit passer une souris. Tout est démultiplié et Patricia s’est sentie plus solide et loin des petits tracas de la vie.
Même si elle vit théâtre, dort théâtre, il y a aussi la culture qui lui est nécessaire à côté du théâtre, elle va au musée à la recherche de sensations, elle s’attèle à lire tout Guitry et ce qu’elle ressent lui permet de redonner aux autres la beauté qui la nourrit. Toute jeune, comme elle n’aimait pas déranger, on l’appelait « Patricia ça m’est égal », car elle était toujours d’accord avec tout. Et si Patricia est toujours la même, elle est aussi aujourd’hui une autre, plus forte et plus riche de toutes ces rencontres que le théâtre lui apporte.
Vicky Sommet

Écrit par Vicky Sommet
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