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Petite-fille de paysans auvergnats que ses parents, montés à Paris dans les années 1950, poussent à faire des études pour s’élever socialement, Éliane Rouyer-Chevalier fait sa carrière dans la communication financière – milieu éminemment masculin à l’époque –avant de consacrer sa vie à la formation et à la transmission.

De siéger dans des conseils d’administration, « des postes d’observation formidables proches de ceux qui doivent prendre des décisions », permet à Éliane de voir comment évolue l’entreprise dans un environnement global qu’elle juge fragmenté et complexe. Comment se remettre en cause et modifier nos modes de décision dans un monde qui semble se disloquer ? Que doit-on sauvegarder à tout prix face à ce que le changement climatique et l’arrivée de l’IA vont imposer dans le monde du travail et dans nos modes de vie personnels ? Quels sont les fondamentaux qui vont nous permettre de garder du recul et notre jugement ? Eliane est sans appel dans sa réponse.

« On a peu de temps, au plus une dizaine d’années, pour réagir et adopter une stratégie d’entreprise, quelle que soit sa taille. Il y va de sa survie. Les dirigeants doivent avoir la volonté de faire grandir leurs salariés, avoir une vision pour l’entreprise où chacun pourra trouver sa place, veiller à ne pas perdre en humanité pour qu’on puisse continuer à vivre ensemble et faire société. »

Dans son désir de former et transmettre, Éliane a lancé en 2022, dans le cadre du programme Executive Education de l’université Dauphine, une formation appelée « Certificat Gouvernance, climat & transformation durable » destinée à doter les décideurs des connaissances et compétences utiles pour mener la transformation nécessaire des business models face aux enjeux de durabilité et au réchauffement climatique.

Il s’agit de faire réfléchir les décideurs sur leur façon de produire, consommer, se déplacer, penser aux conséquences sociétales et sociales de leurs décisions, intégrer la science dans leur stratégie d’entreprise pour répondre aux nouveaux défis, introduire une dimension spirituelle et une solidité verticale face au déchainement de l’IA qui interroge sur l’organisation du travail à l’intérieur de l’entreprise.

« Nous sommes en train de vivre une ‘révolution civilisationnelle’. Il convient sans perdre de temps d’accepter une vie plus sobre, plus de circularité (moins consommer, moins jeter, réparer, réutiliser) pour tenir compte des ressources aujourd’hui limitées de la planète, même si nous avons du mal à nous projeter dans le mot sobriété. »

Éliane avoue ressentir de la fierté d’avoir créé de par son action une communauté de gens engagés qui vont démultiplier leurs actions au sein de l’entreprise.

Quand j’interroge Eliane sur la façon dont elle-même a changé son mode de vie, ses premiers mots « j’ai un passif atroce » me font sourire car ils me ramènent au mien… « J’ai beaucoup voyagé à titre professionnel et privé. Aujourd’hui je ne prends plus l’avion même si ça m’en coûte ! Je suis allée en vacances avec mes enfants et mes petits-enfants en Irlande. Nous avons pris le bateau à Cherbourg pour Dublin, 17 heures de voyage qui ont enchanté grands et petits, même si j’avais peur d’avoir le mal de mer. Je n’utilise plus ma voiture dans Paris, je prends le train chaque fois que je peux et si je dois rouler je le fais moins vite. Mon action personnelle montre la voie même si elle semble peu importante. »

Avant de nous quitter, nous abordons la question de l’engagement des jeunes dans le monde du travail et ce qu’Éliane en perçoit de son poste d’observation. «  Face à l’arrivée de l’IA, il va leur falloir apprendre à garder leur jugement critique, cultiver le doute pour prendre de la distance par rapport à la machine. Si nous ne pouvons pas préparer nos enfants et petits-enfants aux métiers de demain car on ne sait pas lesquels ils seront, il existe un socle commun de qualités responsables à leur transmettre et leur apprendre pour garder notre humanité. » Et elle cite pêle-mêle : avoir de la culture pour pouvoir se référer à des textes, développer de la curiosité, garder sa capacité à s’émouvoir et s’émerveiller, cultiver l’amitié pour briser l’isolement que créent les écrans qui limitent les interactions car « rien ne se fait tout seul ».

Pour Éliane, 73 ans, être dans l’action est une façon de montrer aux générations suivantes qu’on y croit, qu’il ne faut pas se décourager, mais au contraire développer résistance, combativité et courage afin de regarder le monde avec audace et confiance ! 

Écrit par Marie-Hélène

Chapeau Madame Pelicot !
par Éliane Rouyer-Chevalier

Tiens, nous avons le même âge !
Tiens, elle est amoureuse !
Tiens, elle célèbre la vie, elle qui a frôlé le mortifère !
Tiens, elle accepte fièrement la lumière, elle qui a côtoyé la noirceur absolue.
Le moins qu’on puisse dire est que Gisèle Pelicot est une femme étonnante. Elle fait face : devant son mari, ses agresseurs, les avocats de la partie adverse, la Cour de justice en ce qu’elle a d’imposant. Elle fait face aux médias. Elle s’exprime bien. Elle a l’art de la formule. On retiendra pendant les années à venir « Pour que la honte change de camp ! ». Il se trouve que j’ai aidé ma petite fille à préparer un oral de culture générale dans le cadre d’un concours. Il fallait qu’elle commente une photo de la fresque murale peinte en soutien à Gisèle Pelicot sur un mur de Gentilly. Et ce fut pour elle et moi, l’occasion de parler de la relation hommes/femmes, de la conquête des femmes (je suis de cette génération) mais aussi des dangers auxquels elles sont toujours potentiellement exposées. Dans cet échange, j’ai voulu veiller à préserver l’aspiration d’une jeune adulte de vivre un bel amour dans ce qui se passe de plus merveilleux entre deux êtres qui s’admirent, se stimulent, s’enrichissent, se donnent confiance, où les corps exultent et les âmes découvrent les mille beautés de la vie… tout en restant vigilante quand même. Pas facile l’exercice ! Eh bien, que Gisèle Pelicot ose dire après ce qu’elle vient de traverser qu’elle décide de vivre et d’être heureuse est un manifeste extraordinaire.
« Et la joie de vivre » est un acte de foi, d’espérance, de force inouïe.

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