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UN LIVRE « La maison vide » de Laurent Mauvignier, Prix Goncourt 2025 (Les Editions de Minuit, 750 pages, novembre 2025). C’est un livre, dont on sort ébloui, vidé, comment lire autre chose ensuite ? Et pourtant le début est difficile… on se demande pourquoi on continue à le lire, si on ne va pas l’abandonner, mais quelque chose résiste en nous, et si la mise en place est lente et progressive (presque 200 pages…), la lecture va crescendo et bientôt on se surprend à aller se coucher plus tôt pour retrouver Jeanne-Marie, Marie-Ernestine et Marguerite, trois femmes, trois époques, deux guerres mondiales, un récit généalogique puissant ayant pour cadre cette maison devenue vide que Laurent Mauvignier décrit dans le plus infime détail. Il n’en restera rien qu’un piano abandonné, une édition complète des Rougon-Macquart et un cerisier aux branches tentaculaires. C’est si riche qu’on retourne souvent sur ce qu’on lit, sur ce qui est dit pour s’en imprégner, pour relire encore une fois une phrase d’une beauté inoubliable. Récit historique, généalogique, psychologique, poétique, philosophique, ce Mauvignier est tout cela à la fois mais surtout le récit du destin bouleversant de trois femmes qui ne décident rien de leur vie, de leur résistance, leur rapport à la sexualité, à la violence familiale. C’est un grand livre qui nous parle de nous, de la mémoire, des histoires que l’on s’invente, des manques, des ténèbres qui nous hantent parfois, de la musique, de l’absence, du silence, des secrets, du poids des lieux, du passé, de la mémoire, un grand livre vous dis-je ! J’avoue que je n’ai jamais eu le courage de lire Proust, mais si Mauvignier écrit comme Proust, dites-le moi, je me lance !

Marie-Hélène Cossé

DEUX PIÈCES « Le cercle de craie caucasien » de Bertold Brecht. Ce n’est un conte, ni une légende mais une histoire qui appartient à toutes les époques. Cette  œuvre parle de la générosité pour éclairer le monde. Une jeune femme sauve un enfant abandonné par la noblesse en fuite pendant la révolution. Au-delà des injustices et des luttes de classe, une voix se fait ainsi entendre, celle de la tendresse comme force de résistance et de la bonté comme acte politique. Traversant au cours d’un long périple, la montagne, la faim et la peur, il faudra un juge foutraque pour la défendre face à la mère biologique qui veut reprendre son enfant. Une pièce qui nous parle de ceux que nous choisissons de protéger et de ce que nous voulons transmettre ! Avec des comédiens inspirés, des décors et des lumières qui nous accrochent, des chants doux et de l’humour en temps de crise, ce sera le cercle de craie qui devra apporter la réponse au dilemme qui se joue devant le spectateur convié au tribunal pour écouter la sentence, où la raison le dispute au droit. Une soirée magique où le sens même du théâtre est poussé à l’extrême pour réunir comédiens et public dans un même élan, celui du spectacle vivant ! Théâtre de la Ville jusqu’au 20 février.

Vicky Sommet

« Voltige » mis en scène par Eric Métayer avec la collaboration de Dorine Bourneton raconte le destin exceptionnel de Dorine Bourneton. Seule survivante d’un crash d’avion où elle perd l’usage de ses jambes à 16 ans, elle devient la première femme paraplégique pilote de voltige au monde. Passionnée d’aviation, elle suivait déjà des cours au moment de l’accident, elle finit par obtenir son brevet malgré les obstacles puis par convaincre les autorités de devenir pilote instructeur, malgré son handicap, puis pilote de voltige, une première au monde. À 51 ans, elle décide de se lancer dans un seul-en-scène époustouflant, entre théâtre et danse, sur les planches du Petit Montparnasse. Le spectacle retrace son chemin. Portée par les mystérieux Kurokos du théâtre japonais, la scène devient avion, obstacle ou vague dans lequel le corps et le rêve défient la gravité. « On a tous des ailes, parfois bridées, parfois cassées, parfois blessées, mais elles sont là, ayons la force de les ouvrir. » (extrait d’un interview au Parisien. Théâtre Montparnasse jusqu’au 26 avril.

Marie-Hélène Cossé

UN FILM « Father Mother Brother Sister » de Jim Jarmusch (janvier 2026, 1h51). Voilà un film qui divise, il y a les «pour» et il y a les «contre». Je me range dans la catégorie des «pour», sensible au mouvement poétique que le réalisateur crée autour de trois mini-fresques familiales minimalistes, énigmatiques, parfois facétieuses, à l’esthétique irréprochable dont le thème commun est la distance. Pesante dans «Father» mais malicieuse, glaçante dans «Mother», où Charlotte Rampling reçoit ses deux filles autour d’un thé pour la visite annuelle qu’elles font à leur mère, mystérieuse dans «Brother Sister» où deux jumeaux tentent de faire revivre leurs parents disparus. Nord des États-Unis, Dublin, Paris, trois lieux, des clins d’oeil qui relient les récits entre eux, une voiture qui roule, une blague qui revient, des skaters qui apparaissent fugitivement à l’image. À noter la belle voix d’Anika (These days, Spooky) sur la bande-son.

Marie-Hélène Cossé

UN IMMEUBLE, UNE OEUVRE Voilà un projet intéressant et porteur de beauté. Il consiste à proposer d’installer dans des immeubles dans toute la France, grâce à la générosité d’entreprises et d’artistes, des œuvres d’art pour provoquer ou émouvoir les résidents qui occupent ces habitations. Quand l’art est perçu comme une nécessité, la ville s’en porte mieux et la vie semble plus belle. Après dix années d’existence, l’engagement de 100 entreprises et 1 000 œuvres d’art commandées, l’aventure doit continuer. Des villes de différentes échelles ont été concernées comme Annemasse, Amiens, Pantin ou Villeurbanne et les promoteurs immobiliers, les bailleurs sociaux, les sociétés foncières et le ministère de la Culture sont parties prenantes de ce projet. À l’intérieur ou à l’extérieur des bâtiments, dans les parties communes ou sur la place publique, sculptures, peintures, installations lumineuses ou créations originales de mobilier, ces réalisations renouent avec la pratique d’un dialogue entre art et architecture. Depuis le lancement, 580 artistes ont convié habitants et visiteurs à réfléchir, à rêver, à discuter et à débattre, comme Daniel Buren, Eva Jospin ou Prune Nourry.

Ne marchez plus dans la ville sans lever les yeux, l’art est à votre portée sans même entrer dans un musée.

Vicky Sommet
Un immeuble une oeuvre
@unimmeubleuneoeuvre (Instagram)

©Un immeuble une oeuvre - Le Havre

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