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Né parmi les vignes en bordure de Gironde, passionné de vin dont il a fait son métier, coureur de marathon, poète à ses heures, marcheur sur le Chemin de Compostelle, très impliqué dans des associations, je rencontre Jean-Benoit Dupouy à l’occasion de la sortie de son roman contant sa marche sur le Camino avec un jeune mineur suivi par la justice.

Né dans les vignes

Ce qui caractérise ce poète-marcheur ? L’enthousiasme. Chic, notre époque en a besoin ! Jean-Benoit dit de lui « Je suis né dans un fût, le plus dur a été de m’en extraire. », jolie image qui illustre bien une enfance et une adolescence heureuses au milieu des vignes, dans la nature, un père régisseur et une mère cuisinière dans des domaines viticoles en Gironde. On peut dire en l’écoutant que la culture du Sud-Ouest est définitivement dans ses gènes ! Élevé de 10 à 13 ans au petit séminaire St Louis de Gonzague à Bordeaux, la rencontre avec un missionnaire dans les tribus amérindiennes sera déterminante dans sa construction.

« Il faut connaître la culture de ceux qui sont en face de vous pour les comprendre et pouvoir commencer à parler de soi. Chaque endroit où tu vas, il y a une belle rencontre, il faut être dans l’ouverture. »

Le vin passion

Son père lui apprend le vin et lui enseigne qu’il y a la théorie et la pratique. « Pour écrire ton livre de vie, travaille avec des gens qui ont le savoir-faire et la créativité, ceux qui n’ont pas d’études. » Ce que fait Jean-Benoit qui avoue en avoir bavé parce qu’il était le fils du régisseur. Il découvre l’humilité qui pour lui est essentielle, « la grandeur de l’humain » dit-il, « il ne faut jamais se prendre au sérieux en étant dans la vérité de ce qu’on fait ».

Une fois formé, Jean-Benoit va dédier sa vie au vin : gère des domaines viticoles, directeur des Graves et Pessac-Léognan, créateur de la première école de vins de Bordeaux, crée des vins, les revisite, part au Japon faire des dégustations, tient une cave à vins à Paris pendant 10 ans. Passionné par l’association mets/vins, il dit :

« On égaye la vie des gens. J’aime le côté sain et festif du vin, pas l’alcoolisme, le vin qui égaye et qui rassemble. »

En avant marche !

À la suite de la mort de ses parents et de son divorce, Jean-Benoit décide de quitter Paris où il avait suivi femme et enfants et de repartir dans le Sud-Ouest. Mais où ?

À la retraite, il donne des cours de dégustation de vin. Ayant découvert le chemin de Compostelle peu de temps auparavant, il choisit de venir s’installer à Saint Jean Pied de Port. Très vite, il entre au bureau des pèlerins, s’implique dans l’accueil trésorier du gîte paroissial.

On lui parle alors de l’association Seuil² qui accompagne sur le Chemin des jeunes meurtris par des violences tant physiques que morales. Il décide de s’y impliquer et devient représentant de l’association à Saint Jean Pied Port. Accompagner un jeune devient une évidence.

Il prend la route en juin 2024 pour trois mois avec Réda, un jeune suivi par la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse). Il part à Rennes faire sa connaissance quelques jours avant de rallier Le Puy en Velay avec lui pour une marche de trois mois. Le budget est de €40 par jour et par personne. Le contrat pour le jeune, une marche de 90 jours sans téléphone, ni musique, ni substance illicite bien sûr.

Une autre direction

Très vite, c’est la rencontre avec un chat coincé dans un fil barbelé dans un village. Réda le recueille, le chat va faire partie du voyage. « Ils se sauvent tous les deux. »

De cette balade à deux, puis à trois, Jean-Benoit en revient profondément transformé. Malheureusement il se blesse à Conques et doit abandonner. Un autre membre de l’association le remplacera et emmènera Réda à bon port. Mais ces 20 jours ensemble resteront gravés dans sa vie.

« Pendant ces marches de rupture, les jeunes te remuent. Ils te font supporter de belles choses, retirer tes œillères, ils te montrent une autre facette, une autre direction. »

Au retour, Jean-Benoit rentre au conseil d’administration de l’association, souhaitant s’impliquer dans la réinsertion des jeunes après leur retour de la marche. 57% des jeunes accueillis par Seuil intègrent ensuite un parcours de réinsertion, un bien meilleur chiffre qu’après un passage par la case prison où les cas de récidive sont majoritaires (70% dans les deux ans de leur sortie de prison).

Si notre poète-marcheur connait la rue de la Citadelle de Saint Jean bondée de pèlerins et de touristes pendant la saison, l’hiver est plus rude et plus solitaire… Heureusement l’amour passe par là, il s’appelle Marie. Avec sa nouvelle compagne, Jean-Benoit projette d’acheter une maison d’hôtes en Bretagne. Son livre sur sa marche avec Réda vient d’être publié³, il prépare un nouveau recueil4 de poèmes et, pourquoi pas un jour, un livre sur le vin, son autre passion. « Ma mission est de donner de l’amour autant que je peux aux gens que je rencontre. » Buen Camino !

Écrit par Marie-Hélène

¹Tout à fait dans l’actualité puisque « Compostelle », le film de Yann Samuell avec Alexandra Lamy sur le même sujet, vient de sortir en salles.
²Seuil Fondée par Bernard Ollivier en 2000, Seuil est une association qui s’adresse à des jeunes en rupture scolaire, en difficultés familiales et sociales, éventuellement engagés sur le chemin de la délinquance. À l’issue de la marche, ce sera au jeune et à son éducateur référent de concrétiser le projet de réinsertion élaboré conjointement pendant la marche.
³« Une marche à deux vers la liberté » de Jean-Benoit Dupouy (mars 2026), en vente sur Amazon.fr.
4« Résilience » de Jean Benoit Dupouy (2024), recueil de 63 poèmes.

Son site internet de dégustation de vins Le Troubadour Epicurien. 

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