Cette année se célèbre le 30 ème anniversaire de l’association Mécénat Chirurgie Cardiaque Enfants du Monde (MCCE du Monde). Quel est son rôle et quels sont ses objectifs ? J’ai demandé à son directeur Orso Chetochine de me parler de ce qui se joue pour eux en 2026.
V.S. Ce projet au départ est l’œuvre de votre mère, le Professeur Francine Leca, première femme chirurgienne cardiaque en France et cheffe de service à l’Hôpital. Mais vous, son fils avez suivi au départ un autre chemin ?
O.C. J’ai d’abord eu ma propre vie professionnelle qui n’a rien à voir avec la médecine. Je n’ai pas fait d’études, ce qui m’a fait gagner du temps. J’ai été chauffeur-livreur grâce à l’armée qui m’a formé, puis vendeur, marketeur et publicitaire avant de tout arrêter pour m’occuper de Mécénat.
V.S. Quel était le but de Francine Leca en créant cette association ? Est-ce qu’elle répondait à un besoin ?
O.C. Cela a commencé tout petit et très rapidement, le projet a pris forme. Elle a reçu une lettre d’un parent demandant qu’on opère son enfant. Elle est allée voir la directrice de l’hôpital qui lui a répondu oui, mais il va falloir payer. Elle a alors répondu qu’elle l’opérerait elle-même, mais l’hôpital a fait valoir que cela avait un coût. C’est alors qu’elle a décidé, après avoir été touchée par cette lettre d’un papa syrien qui, étant professeur de français écrivait bien, de créer une association pour répondre à ces besoins. Cet enfant pour l’histoire n’est pas venu car il a fallu du temps pour créer l’association. Il a été le premier des près de 6 000 enfants opérés par la suite.
V.S. L’argent à défaut d’être un frein a finalement été le moteur de ce projet car il fallait absolument en trouver.
O.C. Ma mère avait déjà initié un premier projet pour trouver de quoi financer la peinture des murs des chambres des enfants de l’hôpital Laennec, un vieil hôpital dont les chambres étaient tristes. Je vous cite ses mots « J’ai bien réussi à lever de l’argent pour refaire les chiottes, je vais réparer des cœurs d’enfants et ça s’appellera Mécénat Chirurgie Cardiaque Enfants du Monde ». On savait où étaient les enfants, Aviation Sans Frontières pouvait les transporter, elle les opérait, ne manquaient que les familles d’accueil et l’argent. Elle s’est adressée à la famille d’un enfant opéré qui voulait la remercier en disant « Vous serez la première famille d’accueil ». Et à l’époque, la société Johnson & Johnson venait de créer une fondation et était à la recherche d’un programme qui a commencé avec 235 000 francs. Et le projet a pris forme.
V.S. Comment s’est passée la passation de pouvoir lorsque vous êtes devenu directeur de l’association ?
O.C. À un moment donné, Mécénat allait moins bien car les associations grandissent vite grâce à leurs fondateurs mais comme ils avaient pris de l’âge, ils étaient moins présents. Et malgré le nombre conséquent d’enfants opérés, on manquait d’argent pour payer l’hôpital. Et comme j’avais été bénévole, famille d’accueil et fund raiser, je savais comment ça marchait et je me suis dit qu’en venant l’aider, je pourrais remettre en route la machine. Encore fallait-il que je m’entende avec ma mère au travail. On a essayé et ça été fantastique !
V.S. Que fait aujourd’hui MCCE du Monde ?
O.C. C’est très simple, dans le monde il y a un enfant sur 100 qui nait avec une malformation cardiaque, de New-York à Bujumbura, c’est la malchance de la vie. Tous les enfants ne seront pas opérés, certains auront un souffle au cœur ou d’autres de l’arythmie. Et pour les plus gravement atteints, ce seront des opérations à cœur ouvert, mais énormément de pays n’ont pas la possibilité de pratiquer cette chirurgie.
Notre rôle consiste à détecter ceux qui en auront besoin dans 73 pays actuellement avec des médecins que nous formons à la cardio-pédiatrie. S’ils voient qu’il y a un besoin réel, on va chercher l’enfant en avion, il est accueilli dans une famille et on finance son opération. Au bout d’une semaine, il sort de l’hôpital et après une petite convalescence, il repart guéri et peut enfin aller à l’école ou jouer au foot comme tous les autres enfants.
V.S. Quelques chiffres pour que nous nous rendions compte de vos actions ?
O.C. Chaque intervention coûte €12 000 par enfant étranger, un prix négocié. L’année dernière, nous avons dépassé 500 enfants opérés, cette année pour les 30 ans de l’Association, j’avais promis à ma mère d’essayer d’arriver aux 6 000 enfants pris en charge et nous nous efforçons d’y parvenir. MCCE du Monde achète des places en gros dans les hôpitaux et, quand ils ont de la disponibilité, ils prennent nos enfants. Beaucoup viennent d’Afrique de l’Ouest à cause de la langue, parce que les médecins viennent souvent se former en France et qu’Air France dessert beaucoup ce continent. On a aussi travaillé avec la Moldavie mais la Pologne peut maintenant s’en occuper, avec l’Asie et le Laos mais le Vietnam est une solution plus proche, le Moyen-Orient, Haïti. En fait, on va là où on nous demande. En ce moment, la Mongolie et l’Ouzbékistan font appel à nous. L’âge moyen est de 4 ans, mais ils peuvent venir entre 6 mois et 17 ans.
V.S. Des personnalités vous soutiennent, lesquelles ?
O.C. Inès de la Fressange et Paul Belmondo nous aident depuis 30 ans. Tous les marins célèbres, Catherine Chabot ou Olivier Panis par exemple. Sauver un enfant, c’est fantastique et un peu comme les Rois mages, chacun apporte ce qu’il peut. Quand Francine est décédée, elle nous avait dit « Continuez à bien faire du bien ». Ce n’est pas seulement faire du bien et, comme la société évolue, nous essayons de garder cet état d’esprit. Nous avons créé à cet effet une fondation tenue par tous ses petits-enfants et je suis certain qu’ils garderont les yeux ouverts après moi !
Rien ne serait possible en plus des médecins, s’il n’y avait les 400 bénévoles qui oeuvrent dans l’ombre pour rendre tout ce travail porteur d’espoir pour ces enfants et leurs familles restées au pays. Compétitions de golf, visibilité lors du Tour de France, MCC inscrit sur les voiles de certains compétiteurs qui participent aux grandes courses, le marché de Noël qui propose des cadeaux à petits prix offerts par des donateurs, vaisselle, vêtements ou jouets, une présence dans les concours équestres : toutes ces rencontres permettent de récolter des fonds pour une oeuvre au profit des enfants malades. Et je peux vous dire que lorsque vous voyez un petit garçon qui rit et a envie de jouer avec vous, alors qu’hier il avait du mal à respirer, qui souffre un peu en marchant dans des chaussures de ville, lui qui a toujours vécu pieds nus, vous vous dites « j’ai bien fait de venir aider ». Même si la participation est faite sous forme de donations financières, de présence dans des manifestations importantes ou pour accueillir des enfants chez soi, tout est utile et les mamans de substitution pendant quelques semaines voient partir leur petit protégé… les larmes aux yeux !
Mécénat Chirurgie Cardiaque Enfants du Monde

Écrit par Vicky Sommet
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