À quoi ressemble Paris quand on y revient en « touriste », accompagnée par un provincial « pur et dur » ? Si je suis curieuse de découvrir ses envies dans une ville où j’ai passé 40 ans de ma vie, mon propre regard a forcément changé aussi. La femme en tenue chic de la place de l’Étoile a, depuis, troqué ses talons et son stress contre des chaussures de randonnée et une plénitude nouvelle. Que vais-je ressentir ?
Si j’ai laissé mon compagnon de visite bâtir son itinéraire, j’y ai ajouté ma patte en imposant, en bonne pèlerine que je suis, le « tout faire à pied ». Nous commençons notre programme de visite à la nouvelle Fondation Cartier, au Palais Royal, où nous déambulons à travers un vrai labyrinthe de créations visuelles et sonores. Beau challenge que celui d’occuper un espace immense à ciel et vitrines ouverts sur la ville. Pari réussi ! Nous en ressortons sonnés par tant de diversité, mais enchantés.
Nous nous rendons ensuite au théâtre dans le quartier de la Gaieté pour un spectacle en matinée » (une première pour moi…) où Arditi fait de l’Arditi dans une pièce écrite spécialement pour lui et c’est follement divertissant ! On y parle d’un grand-père, d’un père et d’un fils, trois générations qui se télescopent, trois étapes de la vie, des dialogues mordants, le tout dans un bel équilibre entre légèreté et gravité. En sortant de la pièce, une jolie balade vient compléter la découverte de ce 14ème arrondissement que je connaissais mal, notamment la rue Daguerre où vécut pendant près de 60 ans Agnès Varda.
Le deuxième jour, direction le Musée de l’Homme au Trocadéro où j’avoue n’avoir jamais mis un pied du temps de ma vie à Paris (le nom un peu « unilatéral » peut-être ?). C’est pourtant un beau rendez-vous avec l’Humanité qui m’attend, vue imprenable sur la Seine et la Tour Eiffel, où une palette d’outils visuels et sensoriels originaux tente de répondre aux questions « Qui sommes-nous ?», « D’où venons-nous ? », « Où allons-nous ? ». Peu de visiteurs si l’on compare aux grandes expositions en vogue que je fuis comme la peste (la foule me tétanise !).
Une grande marche nous emmène ensuite le long de la Seine, du Trocadéro à l’Assemblée Nationale, pour un déjeuner à la Brasserie Bourbon, institution parisienne, véritable ruche, lieu de discussions politiques hors des enceintes de l’hémicycle, mais où les députés ne sont hélas pas là en ce lundi. On n’y trouve que des notaires en congrès…
Quel plaisir ensuite, malgré le froid du mois de décembre, de longer les quais de la Seine jusqu’à l’île de la Cité, halte oblige au square du Vert Galant bien sûr, avant de rejoindre Notre Dame et de découvrir, éblouie, les travaux de rénovation de la cathédrale. Pour ceux qui seraient effrayés par une éventuelle foule, rien de tout cela, on y rentre très facilement à l’aide d’un billet gratuit commandé la veille sur internet.
Nos pas nous mènent ensuite à travers le Marais vers le Bataclan boulevard Voltaire où nous faisons halte quelques instants, émus dix ans après, très en synchronicité avec la très belle série « Des vivants » que je regarde sur France TV.
Pour le troisième et dernier jour, direction l’Hôtel de la Marine à la Concorde que je n’avais pas eu la chance de visiter depuis son ouverture. J’accepte, une fois n’est pas coutume, de porter le « casque intelligent » qui m’est proposé et me voilà déambulant enchantée dans les salons d’apparat et les appartements des intendants « comme si j’y étais » !
L’après-midi sera consacrée à une grande marche le long de la Coulée verte, de la Bastille à Daumesnil, sans oublier un passage (obligé) au Père Lachaise où nous partons à la recherche de tombes de célébrités. La magie opère toujours, même en plein hiver, dans ce lieu hors du temps, du bruit et de la folie de la ville où se mêlent art, histoire et nature.
Le soir, nous assistons au dernier spectacle, largement autobiographique, de Michaël Hirsch « Y’a de la joie » où, seul en scène, le comédien nous raconte sa quête du bonheur. Durant un an, Michaël a tout lu sur le sujet, essayistes, philosophes, sociologues, pour écrire un spectacle gai, émouvant et instructif sur l’urgence qu’il y a à remettre de la joie dans nos vies. Allez-y !
Alors, me demanderez-vous, est-ce que je me sens toujours Parisienne, moi qui vis depuis bientôt 6 ans dans un petit village de 1 500 habitants au pied de Pyrénées ? Oui, dans ma gestion des parcours et la petite boussole dans ma tête qui m’indique où aller. Non, devant le visage triste et fermé des passants, ici l’indifférence est glaçante. Mais Paris reste la plus belle ville du monde et ce temps à pied que je n’avais pas pris dans ma vie d’avant, pour déambuler dans les rues loin des sentiers battus avec des yeux neufs m’a ravie !

Écrit par Marie-Hélène Cossé
Je me souviendrai… de presque tout d’Alexis Macquart au Théâtre du Montparnasse, dernière le 7 mars 2026.
Notre Dame de Paris : visiter/réserver gratuitement.
Des vivants 8 épisodes de 52 minutes à voir sur France TV.
Y’a de la joie au Théâtre de l’œuvre jusqu’au 31 mars 2026
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Merci et Bravo Marie Helene pour la récit de cette jolie escapade parisienne qui nous embarque !